Mon début d’histoire d’amour avec l’école 6 mai 2008
Posted by Claudia in Culture et mode de vie québécois, Divers, Je-me-moi, Montée de lait, Réflexions.trackback
Vous dire que je l’ai toujours aimé, je vous mentirais! À cinq ans, j’angoissais à chaque fois que je quittais le nid familial pour m’envoler vers l’école. Je voyais l’autobus au loin et je commençais à pleurer comme une dingue comme si mes parents m’abandonnaient, me forcaient d’aller à cet endroit qui me traumatisait. Des fois, je tentais de me cacher près de la maison pour que l’autobus m’oublie miraculeusement et passe tout droit… mais non, ça l’a jamais arrivé. Il était là, le chauffeur klaxonnait parce que je n’étais pas devant la maison comme prévu. Ma mère sortait - elle avait maintenant l’habitude, savez! - et venait me chercher dans ma cachette. Je comprenais jamais pourquoi elle me trouvait aussi rapidement. En tout cas, après 2-3 minutes de consolation et de réconfort, plusieurs autres minutes de patience pour le chauffeur, j’embarquais dans le bus. C’était comme ça, très trop souvent.
J’avais peur de ma professeure car elle ne m’aimait pas; pas facile pour un boud’chou de la classe de maternelle!
À chaque jour ou presque, je pleurais parce que j’avais mal. J’avais mal aux pieds, aux jambes, aux mains; j’étais fatiguée. Ma professeure me forcait à faire les activités à l’extérieur même si je lui disais que j’avais mal. Elle me disait toujours que j’étais une petite princesse gâtée et que c’était pour ça que je ne voulais jamais participer en m’inventant des raisons bidons et en pleurant tout le temps. Combien de fois elle a appelé chez mes parents pour se plaindre!…
Mais un jour, un vent différent arrive.
Une belle journée d’hiver, moi et mes compagnons de classe avions une sortie : une randonné en raquette sur le bord du Lac Saint-Jean. Rien d’extravagant, une distance d’un peu moins d’un kilomètre pour se rendre sur une mini-île avec plusieurs arbres pour se faire un petit feu et manger des guimauves. Bref, j’enfile mes raquettes et je suis les autres. Mais tout au long du chemin, j’ai un mal intense qui s’installe dans mes chevilles et j’ai de la difficulté à suivre les autres. Une fois sur l’île, j’éclate en sanglot. Ma professeur, folle de rage me prend le bras et informe le deuxième responsable qu’elle va revenir d’ici 15-20 minutes. Tout le long du trajet, elle m’engueulait comme du poisson pourri. Plus qu’elle m’engueulait, plus que je pleurais, ‘videmment. Une fois à l’école, elle appelle ma mère et m’envoie chez moi en taxi (en prenant soin de laisser ma mère payer le taxi, tsé). Ma mère trouvait maintenant que ça l’avait dépassé les bornes; il fallait trouver ce qu’il me faisait pleurer comme ça.
On a rencontré plusieurs médecins!… Pour qu’ils disent tous à ma mère que j’étais effectivement un enfant gâté (ce qui n’était VRAIMENT pas le cas) et que je pleurais pour rien, m’inventaient des maux. Bref, ils confirmaient tous les dires de ma professeure. Jusqu’au jour qu’on en rencontre un qui se doutait de quelque chose. Il nous réfère donc à un pédiatre d’Alma, Dany Harvey.
Après quelques rencontres avec ce sympathique monsieur Harvey, on me transfère au CHUL de Québec pour une rencontre avec une rhumatologue. On a cru peut-être m’avoir diagnostiquer une maladie d’arthrite juvénile. Ce qui a été confirmé une fois ma visite au CHUL. D’abord, ça été un choc pour pas mal tout le monde: d’abord, mes parents. Par la suite, ma professeure qui a été obligé de s’excuser et qui est devenue miraculeusement gentille avec moi; j’étais même son chouchou à la fin de l’année scolaire.

C’est à ce moment que j’ai pu apprécier pleinement l’école; lorsqu’on a appris simplement que je n’étais pas celle qu’on croyait que j’étais. Des fois, je me dis que je suis chanceuse d’avoir une mère qui a su ne pas perdre patience et espoir. Elle a toujours su tenir son bout; même jusqu’à la fin de mon histoire d’horreur avec la fameuse rhumatologue qui mérite aussi un long article à elle seule. En tout cas, suite à des démarches d’adaptation et quelques précisions sur mon état avec l’école, tout a été pour le mieux. J’ai pu étudier en paix, développer ma curiosité pour la différence et apaiser davantage ma soif de connaissances qui est toujours présente aujourd’hui.
Des fois, j’ai un peu de peine pour ces enfants qui n’aient pas la chance d’apprécier les institutions scolaires pour diverses raisons. À chaque fois que je parle de mes études à mon frère, quand il s’en informe, ça me met mal à l’aise un brin : mon frère est parmi ceux qui n’ont pas grandi dans une belle atmosphère scolaire. Lui, il était toujours celui qui se faisait chicaner parce qu’il avait une petite tendance hyperactive et manquait beaucoup de concentration en classe.
Il était toujours traité comme un moins que rien, un jeune garçon sans avenir. Je trouve ça triste car je connais la valeur qu’il a dont aucun professeur ou presque a su lui trouver. Mon frère a eu 19 ans dernièrement. Il possède un secondaire deux et n’est toujours pas motivé de retourner sur les bancs d’école (et je le comprend un peu, disons). Oh, il a essayé d’aller «aux adultes», mais il a toujours trouvé ça aussi plate. J’aimerais tellement ça qu’il découvre sa passion qui pourrait l’aider à se motiver d’aller jusqu’au bout. J’ai hâte au jour où il n’aura plus l’impression d’être un pauvre loser en se comparant aux autres. J’ai hâte au jour où il trouvera sa passion qui le fera vivre joyeusement. Haaaa…. Maudite affaire… *soupir*
P.S. En passant, la petite blonde sur la photo en haut de l’article, c’est mon moi-même à l’âge de 5 ans ;D



C’est ben touchant ça !!! Dis l’arthrite, c’est resté ou partis?
Oh et puis ton frère, tu sais, il y a tellement de domaines d’intelligence. Le milieu scolaire tel qu’on le vit actuellement au Québec ne permet pas de motiver universellement tout ses utilisateurs, il touche la majorité, et laisse de côté ceux qui sont juste autrement dans leur fonctionnement. Peut être que si tu lui faisais un petit résumé court des domaines d’intelligence, il se reconnaitrait dans un, et puis ça le motiverait, surtout ça le rassurerait de savoir qu’il est juste un de ceux dont l’intelligence dominante ne fitte pas dans le moule scolaire, ce qui ne diminue en rien sa valeur d’être humain !
moi j’ai commencé a aimer l’école à 24 ans, j’ai fini mon CEGEP parce que je voulais avoir un DEC pour me donner plus de chance dans la vie mais maudit que ça m’écoeurait
Ton frère fait probablement trop le lien entre ses souffrances et l’école, il y a comme un blocage psychologique qui fait qu’il n’aimeras jamais l’école
@lafelee: Pour l’arthrite, je crois que c’est parti en majorité, j’ai juste quelques pseudos séquelles que je considère mineures ( ex: déformations aux doigts, moins de forces dans les mains, moins d’endurance à certaines articulations principalement les chevilles). Apparemment qu’avec le temps, la maladie devait s’atténuer ou se transformer en une autre forme d’arthrite. Pour l’instant, je crois que ca s’est atténuer…
Autrement, pour mon frère, c’est vrai que ça serait une bonne idée ton affaire des multiples intelligences possible. Quoiqu’on lui a deja dressé une grande liste de ses principales qualités/compétences qu’il a approuvé. Je vais m’informer la dessus, je lui montrerai ca la semaine prochaine quand je le verrai
@Y-Man: la possibilité du blocage psychologique est très plausible… il s’est fait laver le cerveau littéralement en ce qui concerne qui il est. M’enfin, on s’est toujours dit qu’un jour, il apprendra à passer par dessus par lui-même lorsqu’il sera ben tanné et qu’il saura ce qu’il vaut réelement.
La théorie des intelligences multiples est en effet une piste à explorer. Tiens un lien vers un auteur que j’aime bien qui a développé la théorie: http://www.howardgardner.com/books/books.html
Ici au Québec il y a Gervais Sirois qui l’enseigne et a écrit beaucoup sur le sujet.
C’est un très beau billet Claudia, touchant et qui met en lumière à quel point on peut étouffer quelqu’un avec les mots…
Et ton toi-même à 5 ans est très mignon!