Les familles recomposées; des conséquences? 22 janvier 2008
Posted by Claudia in Anthropologie, Divers, Je-me-moi, Parenté et organisation sociale, Réflexions.Tags: divorce, enfants, familles nucléaires, familles recomposées, génération, occident, parents, séparation, sciences sociales, valeurs
trackback
De nos jours, un couple sur deux divorce; c’est énorme. Je me souviens encore l’année de mon secondaire un, dans la classe d’art plastique en train de parler de séparation avec mes compagnons à la table. Leurs parents étaient tous divorcés, sauf les miens: «Mes parents, ils s’aiment ben trop! Ils ne divorceront jamais!» L’été suivant, mon père part avec une autre femme et ma mère déménage à 500km de notre place initiale. A-yoye.
.
Là, il faut s’adapter aux nouveaux venus ; la nouvelle blonde du père et sa fille, le nouveau chum de la mère et son fils. Bon, OK, comment on réagit ensemble? Ce sont ma nouvelle soeur et mon nouveau frère? Ce sont ma “deuxième mère” et mon “deuxième père”? Ou ce ne sont pas ma deuxième mère ni mon deuxième père ni mon frère ou encore, ma soeur? Ils font quoi? Je les écoute ou pas? J’ai deux familles ou j’en ai une? Je… hein? Et surtout, comment je les appelle?
.
Je me souviendrai toujours de la fois que j’ai parlé de la blonde à mon père devant elle en l’appelant “ma belle-mère”, elle m’a répondu du tact-o-tac : «Je suis pas ta belle-mère, ou ta demi-mère ou ta mère tout court. J’ai un prénom, tu m’appelles avec.» Et si je parlais de mon père en l’appelant par son prénom, je me faisais reprendre assez vite : «Hey, je suis ton père, tu m’appelles Papa.» Heum, OK? Chez ma mère, tout était différent. Je pouvais appeler son chum “le beau-père” et même par son prénom. Quant à ma mère, elle préférait qu’on l’appelle par son prénom, elle n’aimait pas le surnom “maman”. Mais bon, encore, quand je parle à des gens de ma belle-mère ou de mon beau-père, on pense souvent que je parle des parents de mon chum : «HAN! T’as un chum?» … «Non? J’te parle de la blonde/chum de mon père/mère!». Même des spécialistes en sciences sociales ont du mal à déterminer des termes pour ces familles recomposées étant donné les complications que les familles plus larges (plusieurs unions consécutives) amènent: on pourrait parler d’un demi-frère, mais d’un quart de frère?!… C’est très embêtant. Ce problème déstabilise les configurations de statuts que nous avons déjà ancrées dans notre culture.
.
Pourtant, il existe des termes de désignation lorsque l’on parle de l’époux ou l’épouse d’un parent, ce sont parâtre et marâtre. Mais ces mots engendrent un gros malaise si on les utilise parce qu’on les associe généralement au mythe de la méchante marâtre. Sur ce point, nous ne sommes pas plus avancés!
.
Ce phénomène n’est pas typique au Québec, c’est une problématique qui s’étend sur plusieurs pays voire continents. Il est tellement répandu qu’ «à l’échelle historique, le fait que des enfants ne soient pas élevés par leurs deux géniteurs, ou que cohabitent sous un même toit les enfants d’unions successives, n’a rien d’exceptionnel.
Ce serait plutôt le fait de vivre jusqu’à l’âge adulte avec ses deux parents naturels, et ce de façon largement dominante, qui serait exceptionnel.»* Est-ce que nous devrions trouver ça normal?
.
J’entendais ce matin, à TVA, Jocelyne Cazin dire que les jeunes d’aujourd’hui parle souvent de sexe et de moins en moins d’amour. D’après vous, pourquoi donc? Han?… Mouais.
.
* Théry, I. 1991. Trouver le mot juste. Langage et parenté dans les recompositions familiales après le divorce, 137-156 in M Sagalen (dir.), Jeux de familles. Paris, Presses du CNRS
Ahhhh, comme c’est compliqué ces histoires-là!!!
Moi, ça a toujours été le contraire… mes parents ont toujours été ensemble, vont probablement toujours être ensemble aussi… mais je n’ai jamais trouvé qu’ils avaient quoi que ce soit en commun ou que c’était une bonne chose qu’ils soient ensembles…
Pas évident les histoires de famille!
Sauf que ça va toujours rester p’pa pis m’man!
Moi mon papa est decédé jeune alors je n’ai eu qu’une maman toute ma vie j’imagine qu’avoir 4 parents ca doit etre moins pire que 1!
Enfin, c’est sur que si le père ou la mère change de partenaires au 2 semaine l’enfant fini par avoir ça comme modèle et ne crois plus a l’amour! Tout dépend de la façon d’élèver l’enfant! Je crois! Doc mailloux sort de mon corps!
Je suis une marâtre mouhahahaha! Et une maman aussi, pfffft. Parâtre, c’est laid, jamais entendu ça. J’en suis heureuse d’ailleurs.
Les enfants sont, selon leur humeur et à qui ils parlent, demi-frere et demi-soeur, ou frere et soeur.
Mais c’est mêlant, on est tous un peu tanné d’avoir à expliquer surtout qu’ils ont le même âge, alors on laisse aller.
Moi itou je suis marâtre lol euh je veux dire belle-mère. C’est mêlant des fois et tannant surtout, d’expliquer on and on toute les branches de la famille lol
2:20 du matin, je prend une pause entre Blumer et Goffman et je tombe sur ton billet. Intéressant tout de même surtout que ça saute aux yeux sans que généralement on porte une réflexion sur le sujet. Je ne peux pas m’empêcher de m’imaginer ce que Monseigneur Bégin aurait pu penser s’il avait vu jusqu’où irait la perversion des moeurs lorsqu’il comdamnait le cinéma comme principal agent dans les années de la Grande Guerre. Déjà à cette époque, dans les grandes villes du Canada Français, on sentait que la modernité tentait de faire sa place. Évidemment, elle prit plus largement son envol pendant et après la Deuxième Guerre, où on vit naître les Québécois et du même coup d’irréparables lézardes dans l’édifice de la tradition, ce qu’incarnait l’Église. Une véritable révolution des moeurs et des valeurs étaient en branle qui allait prendre tout son ampleur lors du basculement d’un État libéral vers un État interventionniste : le dernier rempart, Duplessis, était mort et les Québécois allaient se donner les moyens pour reconquérir leur économie et du même coup acquérir une identité collective. Le Québec avait plein pied dans la modernité et tout ce qui venait avec, dont de nouvelles valeurs, de nouvelles opportunités et émancipations. La femme et les enfants devenaient des personnes à part entière et, avec la pillule contraceptive, les révolutions statutaires, la femme ne pouvait-elle pas être maintenant maître de son destin? Passant les grandes lignes, disons que individualité faisait son chemin et qu’il n’était plus question de satisfaire les bons vouloirs d’un prêtre vomissant une idéologie ultramontaine de conservation venant directement de Vatican, mais de contenter ses besoins individuels dans une logique (égoïste?) allant contre les grandes doctrines démiurgiques maintenant jugées rétrogrades. Si je croisais le commentaire que madame Cazin disait ce matin et ton billet, je dirais qu’en dissociant l’amour et le sexe, on arrive au constat que la recherche d’une stabilité passant par la famille fait avant tout place à un besoin de ressentir un amour parfaitement idéalisé (Merci à la petite bourgeoisie du moyen-âge et l’époque romantique) ; une recherche du bonheur immédiat passant avant tout par soi-même, plutôt qu’une recherche de continuité et de stabilité s’exprimant par la famille au sens traditionnel.
My 2 cents comme diraient les autres, je retourne à mes trucs.
FG
Intéressants vos commentaires!
Et bienvenue FG
Suite à ton intervention, je crois qu’on peut avoir un bon historique et une bonne explication d’un important point de vue du phénomène. Merci! =)
Sincèrement, je crois qu’une famille reconstituée n’est pas pire qu’une famille “intacte ” mais sans amour. Ok c’est cliché dire ça, mais reste que c’est vrai.
Je crois qu’un divorce requiert de la maturité des deux parents et c’est cet élément qui va faire en sorte que la transition d’une seule famille en deux familles reconstituée va se passer le mieux possible. C’est triste, mais je ne compte plus les fois où j’ai vu des parents se faire encore la guerre même après avoir divorcé depuis plusieurs années! On a tous entendu (ou peut-être même vécu pour certains) des cas comme ça.